Un paradigme qui nous apaise

Un paradigme qui nous apaise
Quelles propositions pour les études littéraires aujourd’hui ?

 

Lundi 26 novembre, Salle 7, 105 bd Raspail, 75006 

 

Matin 9h-12h:

Cristina Henrique da Costa: L’imagination au chevet des études littéraires: un nouveau paradigme critique ?

Rodolphe Calin : Art et science sont littérature. A propos de la notion de "das Literarische" chez Heidegger.

Marielle Macé : Comment la terre a cessé de se taire — l'enseignement du poème.

Après-midi 14h-16h

Olivier Abel :Lettres bibliques et largeur éthique chez Ricœur

Jean-Luc Amalric :Qu’est-ce qu’une philosophie de l’imagination pourrait apporter aux études littéraires ?

 

Cristina Henrique da Costa est Professeure au Département de Théorie littéraire de L’Université d’État de Campinas au Brésil (UNICAMP).
Rodolphe Calin est Maître de Conférences en Philosophie à L’Université Paul Valéry – Montpellier 3.
Marielle Macé est Directrice de recherches au CNRS et Directrice d'études à l’EHESS.
Olivier Abel est Professeur de philosophie à l’Institut Protestant de Théologie-Montpellier.
Jean-Luc Amalric est professeur en CPGE Arts et Design à Nîmes, chercheur associé au CRAL- EHESS, membre du Centre de recherches CRISES de l'Université Montpellier 3 et co-directeur des "Etudes ricœuriennes, Ricœur’s studies".

 

Un paradigme qui nous apaise : où en sont les études littéraires aujourd’hui ?
C’est parce que personne ne peut plus assumer jusqu’au bout une définition indiscutable de l’objet littéraire qu’on peut voir la littérature à peu près partout : cristallisée dans des œuvres, des livres, des textes, des poèmes, des vers, des phrases, exprimée dans des dires, des propos, des discours, des déclamations, des déclarations, et fixée dans des genres.
Il y a ceux pour qui la littérature compte au plus haut point et ceux pour qui elle ne compte pas beaucoup, mais il y a aussi pour chacun une littérature qui compte et une autre qui ne compte pas. La littérature est à tout le monde et le spécialiste lui appartient.
Parler de littérature, c’est donc chercher à occuper une place d’autorité, c’est aussi jouer un rôle, et c’est encore se livrer à une certaine activité. Tout cela indique, il est vrai, des choix d’un sujet qui manifestent la sélection d’un objet, mais ce sujet est multiple: le lecteur, le locuteur sérieux ou mondain, l’interlocuteur, l’enseignant, le critique, le théoricien, l’éditeur ou son comité de lecture, l’écrivain, le poète, le public et la foule, c’est à dire tout le monde. Toutefois, ce que nous appelons aujourd’hui du nom vague et cependant si fort de « lecture » nous appelle à nous prononcer sur ce que nous faisons de ou avec la littérature, car l’entente et la mésentente faussement cordiales qui tournent si vite en polémique enflammée autour de la littérature exigent une réflexion critique plus approfondie, si l’on veut faire autre chose que répéter des préjugés ou confirmer les fausses oppositions : esthétisme/culturalisme ; littératures du passé/pensée du contemporain ; hermétisme/ engagement.
Dans le sens de cette réflexion, une sorte de conscience de l’historicité du littéraire semble aujourd’hui nous inviter à dialectiser ces oppositions, et à voir, par exemple, entre le classique et le contemporain la médiation du moderne, entre le chef d’œuvre et l’industrie culturelle la médiation de l’œuvre culte, entre l’eurocentrisme et la culture de l’opprimé la médiation de la différence, et entre la transmission des valeurs et le silence des valeurs la médiation du concept d’adresse poétique. Or, ces médiations jouent paradoxalement mieux leur rôle de questionnement des préjugés si on les conceptualise moins : dans le moderne, l’œuvre culte, la différence et l’adresse les dimensions politique, éthique ou esthétique de la littérature sont en quelque sorte lisibles directement sur les œuvres et déstabilisent avec force et éloquence des conflits d’origine théorique ou philosophique.
Nous insisterons sur le paradigme de l’imagination poétique comme manière de revenir sur la concurrence entre les dimensions éthique, esthétique et politique au sein des études littéraires. Si une esthétique sans éthique prive la littérature de sa fonction existentielle, alors qu’une éthique sans esthétique la prive de son idéalité propre, ce tiraillement dont souffre le monde des études littéraires témoigne d’une proximité avec la scène philosophique elle-même divisée.
Par un dialogue critique à l’intérieur d’un espace théorique, nous voulons donc poser la question de la place réelle de la littérature dans la vie, la pensée et l’action, en soulignant, sans la masquer, une difficulté propre à la scène littéraire qui invite aussi la scène philosophique à y réfléchir.
Cristina Henrique da Costa