Appel à propositions ER/RS V. 12, N°2 (2021)


APPEL À PROPOSITIONS
Études Ricœuriennes / Ricœur Studies 

 

Volume 12, N°2 (2021) 
« Paul Ricœur et la question de l’espace »

 

Éditeurs invités : Maria Cristina Clorinda Vendra et Paolo Furia

Éditeurs : Ernst Wolff, Jean-Luc Amalric


Le concept d’espace embrasse une pluralité de significations qui sont abordées dans des disciplines différentes, comme la physique, l’astronomie, la géographie physique et humaine, l’anthropologie culturelle, l’architecture, l’urbanisme et la planification. C’est assez récemment que de nombreux chercheurs en philosophie et en sciences sociales se sont intéressés à la complexité de cette notion d’espace au point qu’on en est même venu à parler d’un « spatial turn » (« tournant spatial ») dans ces disciplines – « spatial turn » censé constituer une « réplique au préjudice ontologique et épistémologique selon lequel le temps est primordial par rapport à l’espace »(1).

Vu que Ricœur n’a presque jamais abordé le concept d’espace de manière thématique, il peut en un sens être considéré (et il a été de fait considéré) comme un parfait exemple de ce préjugé temporel qui a jusqu’ici été dominant dans la philosophie et les sciences humaines. Pour être précis, trois textes de Ricœur traitent directement de cette question de l’espace : il s’agit du paragraphe consacré à l’altérité de la chair et à sa spatialité originaire et non-objective dans la Dixième étude de Soi-même comme un autre (1990), de l’article « Architecture et narrativité » publié en 1998 (2) et du chapitre intitulé « L’espace habité » dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000). Si on peut à bon droit estimer que l’approche de la notion d’espace esquissée dans ces trois textes reste largement programmatique, notre conviction est cependant que l’espace est un concept profondément entrelacé à certains thèmes essentiels de la pensée ricœurienne, comme ceux du corps, du langage, de l’action, du temps et de l’imagination. Dans cette perspective, il ne fait pas de doute que les changements de méthode impliqués par l’évolution de la pensée de Ricœur – à savoir le passage d’une eidétique phénoménologique à une phénoménologie herméneutique abordant successivement les questions du symbole, du texte et de l’action – ont également eu une incidence sur la conception ricœurienne de l’espace.

Le présent numéro vise à mettre en évidence les multiples dimensions de la question de l’espace dans la pensée de Ricœur, mais aussi sa résonance dans les sciences sociales et humaines en général. Son souhait serait de combler une lacune dans les études ricœuriennes, qui n’ont commencé que récemment (3) à s’intéresser à la question de l’espace. C’est pourquoi nous invitons les contributeurs à engager un dialogue entre la philosophie ricœurienne et d’autres penseurs qui ont reconnu dans l’espace l’un des concepts les plus originaires et les plus persistants de la pensée occidentale : qu’il s’agisse de Whitehead, Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty, Bachelard, Foucault, Deleuze, mais aussi de Geertz, Clifford, De Certeau, Lefebvre, Haraway, Casey, Berque ou encore Ingold.

Nous suggérons ici quelques pistes de réflexion (non exclusives) à l’attention des contributeurs :

Quelle est la nature de la relation entre corps vivant et espace que nous permet de penser la phénoménologie du vouloir de Ricœur ? Quelle conception de l’espace implique la conception ricœurienne de l’action comme « inter-action » et comme initiative ? Comment concevoir la relation entre la dimension spatiale de l’action humaine et la temporalité de l’histoire ?

Est-il légitime, comme le suggère Ricœur dans ses trois textes consacrés à l’espace, d’établir une analogie entre notre pensée du temps et notre pensée de l’espace ? La relation entre l’expérience vécue de l’espace et la connaissance objective de l’espace géométrique doit-elle être pensée sur le même modèle que la relation existante entre temps phénoménologique et temps cosmologique ? Se heurte-elle à la même aporie ? Quel pourrait être alors la réplique poétique de l’imagination face à cette aporie ?

Quelle conception de l’habitation humaine et du lieu découle de cette approche herméneutique de la question de l’espace ? Quelles sont les perspectives ouvertes par l’ontologie de la chair esquissée par Ricœur dans la Dixième étude de Soi-même comme un autre ? Comment la circularité herméneutique de la préfiguration, de la configuration et de la refiguration peut-elle être appliquée à l’interprétation de l’espace naturel et de l’espace habité ? Comment pourrait-elle contribuer à repenser les lignes directrices du projet architectural et du design de l’espace urbain ?

Qu’en est-il de la métaphore spatiale à l’œuvre dans la théorie ricœurienne de l’innovation sémantique appliquée à la métaphore et au récit ? Dans quelle mesure le travail de la ressemblance dans une métaphore vive peut-il être conçu comme un changement de distance, un passage du lointain au proche se produisant à l’intérieur d’un espace logique ? Quelle analogie peut-on établir entre le travail de mise en intrigue propre au récit et le travail architectural de construction et de configuration de l’espace ?

Est-il possible de repenser la conception ricœurienne de l’imaginaire social et de la dialectique de l’idéologie et de l’utopie du point de vue de ses implications spatiales ? Quels seraient alors les rapports respectifs de l’idéologie et de l’utopie à l’espace tant subjectif qu’objectif ? Comment repenser les notions d’espace culturel, d’espace social et d’espace public à la lumière de ces thèses ?

Nous encourageons les approches critiques et interdisciplinaires qui établissent des liens entre les domaines de la philosophie, de la littérature, de l’anthropologie, de l’histoire, de la géographie ainsi que des sciences humaines et sociales en général.


Notes :
(1) Soja, E. 2008: “Taking Space Personally,” in Arias, S. and Warf, B. (eds.), The Spatial Turn: Interdisciplinary Perspectives (London: Taylor and Francis, 2008), p. 11.
(2) Ricœur, P. 2016: “Architecture et narrativité”, Études Ricœuriennes / Ricœur Studies, Vol 7, No 2, pp. 31-42.
(3) Parmi les premières contributions sur ce sujet, on peut citer notamment l'article de Marc-Antoine Vallée publié en 2007 : “L’esquisse d’une herméneutique de l’espace chez Paul Ricœur”, Arguments. Revue de philosophie de l’Université de Montréal, Vol. 2, No. 1, 2007.

 

Date limite de transmission des textes : 15 septembre 2021

Nombre de caractères max. (espaces compris, notes incluses) : 50 000 caractères.

Les contributions doivent être rédigées en français ou en anglais
Format : Pour les questions de style, le journal suit le Chicago Manual of Style.

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