biographie-chronologie

Chronologie détaillée de la vie, de la carrière et de l’œuvre de Paul Ricoeur

 

Auteur : Catherine Goldenstein, Angliciste, actuellement chargée de l’inventaire des archives de Paul Ricœur


1913   27 Février : Jean, Paul, Gustave Ricœur naît à Valence (Drôme), de Jules Ricoeur, professeur au lycée de la ville, et Florentine Favre.

Septembre : mort de sa mère.

1914   Août : son père part pour la guerre, d’où il ne reviendra pas. Paul et sa sœur Alice sont accueillis à Rennes, chez leurs grands parents paternels, Louis et Marie Ricœur, qui les élèveront, avec l’aide de la sœur cadette de Jules Ricœur : Adèle.

1920 - 1933   Etudes au lycée de Rennes, il bénéficie du statut de « pupille de la nation ». Son professeur de philosophie, Roland Dalbiez, le marque définitivement.

1933   Il obtient sa licence-ès-lettres à l’université de Rennes.

Sitôt sa licence passée, il doit prendre un poste de professeur au Lycée de garçons de Saint-Brieuc. Parallèlement, il enseigne au lycée de filles de la ville d’où le professeur de philosophie est absent et il rédige un mémoire de « Diplôme d’études supérieures » : Méthode réflexive appliquée au problème de Dieu chez Lachelier et Lagneau.

1934-1935   Préparation de l’Agrégation de Philosophie à Paris, à la Sorbonne. Il est reçu second au concours. Pendant cette année de préparation il rencontre le philosophe Gabriel Marcel dont il fréquente assidûment les fameux « vendredis » au cours desquels il découvre les écrits de Husserl.

Plusieurs deuils pendant ces années : mort de ses grands-parents ; et mort de sa sœur Alice à 22 ans, de tuberculose : disparition particulièrement cruelle pour lui.

1935   Mariage de Paul Ricœur et Simone Lejas, à Rennes. Trois enfants naîtront avant la guerre, deux après les années de captivité.

1935-36   Nommé au Lycée de Colmar : se rapprochant de la frontière allemande, il en profite pour étudier l’allemand et obtient une bourse pour parfaire cet apprentissage par un séjour linguistique à Munich en 1939.

1936-37   Service militaire

1937-39   Enseigne au Lycée de Lorient.

1935- 1939   Premières publications : c’est dans la mouvance du Christianisme social et du protestantisme qu’il publie ses premiers articles. Son adhésion au protestantisme demeurera une constante de sa vie.

Septembre 1939   Officier de réserve, il est mobilisé à Saint-Malo.

1940   En Mai, il est envoyé avec son unité dans la vallée de la Marne où ils sont faits prisonniers, après une belle résistance (« Ma section a été couronnée à travers moi par une citation à l’ordre de l’armée, pour avoir tenu »).
          

1940-1945   Prisonnier de guerre dans l’Oflag II D, en Poméranie. Il se trouve avec d’autres intellectuels et professeurs d’université : Mikel Dufrenne (avec qui il publiera un ouvrage dès le retour du camp), Paul-André Lesort, Roger Ikor, Jacques Desbiez, etc. Ils mettent en place l’université du camp de Gross-Born, leur camp pendant 23 mois, avant d’être transférés ailleurs.

Mai 1945   Retour à Paris ; départ dès l’été pour le Collège Cévenol, au Chambon-sur Lignon, où la famille Ricœur se trouve réunie.

1945-48   Il enseigne au Collège International (Cévenol) et est nommé sur un poste de recherche à mi-temps au CNRS.

 

Les publications des années 1947-1950 sont en grande partie le résultat de cinq années de lectures, réflexions, discussions et enseignement dans l’Oflag :

1945   Karl Jaspers et la philosophie de l’existence (avec Mikel Dufrenne)

1948   Gabriel Marcel et Karl Jaspers : Philosophie du mystère et philosophie du paradoxe
    

1948   Université de Strasbourg : il est nommé d’abord Maître de Conférence, puis, dès la publication de sa thèse, il succède à Jean Hyppolite à la chaire d’histoire de la philosophie. Il y connaît huit années riches de joies familiales, d’amitiés profondes, de contacts avec les étudiants, de travaux personnels.

Rencontre avec Emmanuel Mounier et les fondateurs de la revue Esprit. Il s’associe très vite aux travaux et congrès de la revue.

1950   Publication de sa traduction de Ideen 1, de Husserl : Idées directrices pour une phénoménologie. Cet ouvrage est sa « thèse secondaire ».

Publication de Philosophie de la volonté, 1. Le volontaire et l’involontaire. C’est sa « thèse d’état ».

1956   Il est nommé professeur à Paris, à la Sorbonne, et vient avec sa famille habiter aux « Murs Blancs » à Châtenay-Malabry, lieu choisi par les fondateurs de la revue Esprit pour y vivre et travailler dans un esprit communautaire. Il joue dès lors un rôle majeur à la revue, dont il anime au début des années soixante le groupe de philosophie. Pendant ces années à la Sorbonne les cours de Paul Ricœur sur Aristote, Kant, Husserl, Freud, sont fréquentés par une pléthore d’étudiants et il regrette que les conditions matérielles ne lui permettent pas les contacts directs qu’il avait tant appréciés à Strasbourg.

1960   Publication de Finitude et culpabilité 1 : L’homme faillible et Finitude et culpabilité 2 : La symbolique du mal.

1965   Publication de De l’interprétation. Essai sur Freud.

1966   Sensible au malaise de l’université, il choisit d’enseigner à Nanterre, alors annexe de la Sorbonne, où il rejoint Mikel Dufrenne, qui y a fondé le département de philosophie. Se joindront à eux Sylvain Zac, Henry Duméry, Emmanuel Lévinas.

1969   Il accepte par devoir d’être nommé doyen de Nanterre dans un climat de confrontation grandissante ; il est assisté de René Rémond qui deviendra le premier président de l’Université de plein droit.

Publication : Le conflit des interprétations.

1970   Mars : il démissionne de ses fonctions de doyen à la suite de l’intervention de la police sur le campus et de la dégradation de la situation à Nanterre.

1970-1973   Il enseigne au département de philosophie de l’université de Louvain, en Belgique.

Après ces trois années il réintègre l’université Paris X - Nanterre où il termine sa carrière professorale française.

1970 - 1992   Paul Ricœur qui, depuis 1954, avait enseigné par périodes outre-Atlantique (à Montréal, au College quaker de Haverford et à Yale) est nommé professeur à l’université de Chicago : il enseigne au département de philosophie, occupe en même temps la chaire John-Nuveen, à la Divinity School où il succède à Paul Tillich et enseigne également au Comittee on Social Thought, créé par Hannah Arendt.

1975   Publication de La métaphore vive

1979-1985   Publication de la trilogie de Temps et Récit

1986   Il est invité à donner les prestigieuses Gifford Lectures en Ecosse, à Edinburgh.

1990   Publication de Soi-même comme un autre.

Comme son enseignement aux États-Unis s’échelonne sur un semestre, il n’a jamais cessé d’être présent en France : animant par exemple le Centre d’études de la phénoménologie husserlienne,  d’abord à la Sorbonne avec Jacques Derrida puis rue Parmentier ; prenant la direction de la Revue de métaphysique et de morale, co-dirigeant avec François Wahl la collection « L’Ordre philosophique » qu’ils ont créée aux éditions du Seuil. Cette collection leur a permis de publier des représentants de la tradition analytique anglo-saxonne aussi bien que des auteurs français ou allemands.

1995   Publication de La critique et la conviction. Entretien avec François Azouvi et Marc de Launay. Paul Ricœur accepte ici de livrer quelques réflexions personnelles sur les événements qui ont marqué sa vie.

1995 - 1998   Publication de Le juste 1 ; Le juste 2 ; Ce qui nous fait penser. La nature et la règle (dialogue avec Jean-Pierre Changeux) ; Penser la Bible (en collaboration avec André Lacoque).

1998   Le 7 Janvier, Simone Ricœur s’éteint, après 63 ans de vie partagée avec Paul.

2000   Publication : La mémoire, l’histoire, l’oubli.

2004   Publication : Le parcours de la reconnaissance.

2005   Le 20 mai au soir Paul Ricœur s’éteint chez lui, aux « Murs Blancs ».
 

Paul Ricœur était membre d’une dizaine d’académies étrangères, docteur Honoris causa de plus de trente universités dans le monde.

Distinctions : Prix Hegel (Stuttgart), Prix Karl Jaspers (Heidelberg), Prix Leopold Lucas (Tübingen), Grand Prix de l’Académie Française, Grand Prix de la Ville de Paris, Prix Balzan, Prix de Kyoto, Grand Prix de l’Académie des Sciences morales et politiques, Prix International Paul VI, Prix Kluge