Ce que les artistes font à l'histoire

Journée d’étude organisée par le Fonds Ricœur et la revue Passés Futurs

Ce que les artistes font à l’histoire

10 mars 2018
Fonds Ricœur, 83 Bd. Arago, Paris, 14e Métro Denfert (Salle 1)

 

Après Nietzsche, la conscience historique a été ressentie comme une « fièvre », une entrave à la compréhension profonde de l’expérience humaine, à son appropriation présente. Paul Valéry, Virginia Woolf, Italo Svevo, partageaient le sentiment exprimé par Stephen Dedalus dans l’Ulysse : l’histoire est un cauchemar à oublier. En revanche, aujourd’hui, de nombreux romanciers et artistes se proposent comme les véritables médiateurs du passé. Ils le « cherchent », et certains d’entre eux visent à combler les failles de l’histoire, d’autant plus que les sujets historiques traités sont imprégnés de questions métahistoriques, comme l’expérience du temps, les temporalités régressives et asynchrones. Le rapprochement est encore plus poussé lorsque les artistes se plongent dans les archives, ou entreprennent des opérations de « re-enactment », comme pour prouver le caractère ouvert et non définitif du passé, ou encore lorsque les frontières entre le documentaire et la fiction s’avèrent plus poreuses que jamais. Les historiens, de leur côté, ont remis en discussion le « noble rêve de l’objectivité » et leurs dispositifs de représentance, et sont devenus plus sensibles à la question de l’imagination-pour-le réel du passé. Bref le grand partage entre un passé plastique, ouvert à tous les ordres du temps, et un passé révolu et définitif, se retrouve plein de brèches. Pour autant, ces passages ne relèvent pas d’une résolution dialectique des anciens conflits, ni d’une coexistence irénique. Il y a toujours un risque d’esthétisation de l’histoire au détriment des faits. Il y a aussi l’ambivalence de la fiction, lorsqu’elle prétend faire parler les disparus. A travers la diversité des œuvres et des cas qu’il s’agira de traiter, nous chercherons à décrire et comprendre plusieurs configurations possibles des usages de l’histoire par les artistes, depuis la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, époque où l’art contemporain semble à nouveau imprégné d’une certaine « urgence de l’histoire ».

Programme de la journée

Matin (9h-12h30 avec une pause café)

• Michel Aubry, « Rodtchenko à Paris, un voyage dans la pratique du constructivisme »

• Esteban Buch, « L’opéra documentaire, un genre aporétique ? »

• Lisa Ginzburg, « Trois cas d' usage fictionnel de l'histoire dans la production romanesque italienne d'aujourd'hui »

Après-midi (14h-17h30 avec une pause café).

• Eric Michaud, « Anselm Kiefer et le nazisme : l’histoire plombée »

• Vicente Sánchez-Biosca, « Filmer le bourreau en temps de justice. Rithy Panh face à Duch »

• Maria Stavrinaki, « La préhistoire au présent. Remarques sur l'historicité de l'art contemporain»

PS. : Une (ou deux) autre journée sur ce thème est prévue en nov 2018 (et mars 2019).