Colloque international, Université de Trèves, Allemagne

 

 

 

 

 

 

 

Appel à communications
"Paul Ricœur et les identités collectives "
15 – 17 novembre 2021
Colloque international, Université de Trèves, Allemagne

 

Avec le soutien du Fonds Ricœur et la Society for Ricœur Studies

 

Dans les dernières décennies, la notion d’identité collective a fait l’objet d’une attention croissante au sein des études socio-philosophiques mais aussi des discours de philosophie de la religion et des sciences sociales. Une érosion des milieux stables et de la cohésion communautaire est largement observée dans nos sociétés, qui entraîne notamment une politisation croissante des identités de groupes. D’un coté, cette évolution soulève la question de ce qu’il faut entendre exactement par la notion d’identité collective et comment cette identité est constituée. D’un autre côté, également crucial devient le thème d’une pratique responsable dans la constitution d’une identité collective et de son sens.
Le concept d’identité narrative chez Paul Ricœur permet une approche tout particulièrement herméneutique de ces questions. Ricœur lui-même constate que l’identité narrative ne s’applique pas seulement au plan individuel, mais aussi aux communautés. Néanmoins, l’examen de la question de l’identité collective semble fragmenté dans son œuvre et aucun de ses écrits ne traite pas ce sujet explicitement. Ricœur n’élabore pas une conception de l’identité collective de façon systématique, mais évoque plutôt le sujet régulièrement dans des différents contextes thématiques.
À cet égard, ce colloque poursuit deux objectifs. Premièrement, il importe de développer une connaissance plus approfondie de la conception de l’identité collective chez Ricœur en cherchant systématiquement les contextes et les corrélations au sein de l’œuvre intégrale ; à cet égard, la conférence vise à une reconsidération critique de la pensée sociale de Ricœur. Deuxièmement, sur la base de l’élaboration du sujet des identités collectives dans l’œuvre de Ricœur, il s’agit d’intégrer progressivement davantage l’herméneutique de Ricoeur dans les débats des sciences humaines et leur discours sur l’identité collective, encore très dominés par des approches anti-herméneutique.
En poursuivant ces objectifs, trois axes de recherche se dégagent, renvoyant chacun à sa manière à la constitution des identités collectives.
1. La mémoire collective
Dans Temps et récit, Ricoeur identifie l’historiographie comme moyen essentiel de la construction des identités collectives. Cette idée a évolué dans les textes ultérieurs, notamment dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli. Dans ce dernier texte, la formation des cohésions et des identités sociales dans le contexte des relations interactives, représente une priorité. Les réflexions de Ricoeur sur la philosophie de l’histoire suscitent plusieurs questions en lien avec le concept d’identité collective : celle de la relation entre mémoire collective et d’autres procédés de constitution des identités collectives ; l’incorporation interculturelle des procédés de mémoire collective ; l’organisation transnationale d’une mémoire collective ; ou bien la régulation éthico-politique des conflits des procédés de la mémoire collective.
2. La reconnaissance et l’intersubjectivité
Dans Parcours de la Reconnaissance, Ricœur développe la théorie d’une genèse de l’identité des collectifs concrets et historiques. Cette genèse s’effectue dans la dialectique entre pratiques sociales et idéalités. Cette approche prend davantage en considération les dimensions conflictuelles des exigences exprimées en matière de reconnaissance des identités des collectifs – une dimension qui est accompagnée par une perspective éthico-critique sur les conflits de reconnaissance. Dans ce contexte, le problème qui est soulevé est celui de la corrélation entre les processus de la reconnaissance et la théorie de la mémoire collective, qui s’inspire davantage de l´idée de témoignage. Or, l’idéal éthique d’une reconnaissance réciproque influence la relation entre politique et éthique. Cette forte orientation vers l’éthique permet-elle une analyse des conflits véritablement politiques, qui revendiquent alors une forme de reconnaissance mutuelle ?
3. L’éthique et la justice
Une troisième dimension des identités collectives se base sur la conception de l’éthique dans Soi-même comme un autre. Ricœur ne se limite pas à situer l’individu dans sa responsabilité envers d’autres individus, mais aussi envers l’Autre au sens de chacun. La relation envers cet Autre abstrait doit être réglée par des institutions qui formulent des structures particulières et dans lesquelles la cohésion sociale des collectifs historiques évolue de manière dynamique. En regardant l’ensemble de l’œuvre de Ricœur, on peut analyser les relations entre ses réflexions ultérieures sur les identités collectives et sa pensée sur l’éthique dans Soi-même comme un autre. Par ailleurs, ses réflexions sur l’utopie et l’idéologie sont tout à fait pertinentes s’agissant de l’exigence pratique de la constitution responsable des identités collectives.
Également bienvenues seront les contributions qui discutent de la conception des identités collectives chez Ricœur dans une perspective de philosophie de la religion, de la théorie littéraire ou de la critique idéologique.

*** Conférenciers invités***
Jeffrey Andrew Barash (University of Amiens, F), Annemie Halsema (VU University Amsterdam, NL), Maureen Junker-Kenny (Trinity College Dublin, IE), Burkard Liebsch (Ruhr-Universität Bochum, D), Alison Scott-Baumann (SOAS-University of London, UK)
Nous encourageons les chercheurs et les chercheuses non titulaires (d’un doctorat) à soumettre leurs propositions. Les interventions (jusqu’à 30 minutes) seront suivies par une discussion (jusqu’à 20 minutes).
Les propositions, de 300-500 mots, ainsi qu’un CV sont à adresser d’ici le 15 février 2021 à : ricoeur2021@uni-trier.de
La conférence sa déroulera en anglais. Des contributions en français et en allemand sont également les bienvenues.

Compte tenu de la situation pandémique, l’organisation du colloque est dépendante de l’évolution de la situation et des mesures sanitaires. Si nécessaire, le colloque aura lieu sous la forme de visioconférence.


La conférence est organiséé par
Dipl.-Theol. Paul Sörgel
Michael Steinmetz M.A. M.A. (Université de Trèves)
Dr. Cristina Vendra (Institute of Philosophy [OSKF], Prague/EHESS, Paris)
Dr. Martina Weingärtner (Collège de France, Paris)